Vagabondages

Récits de voyage

lundi, juillet 06, 2009

Alpinisme 101

On n'allait quand même pas passer 2 ans ici sans apprendre l'ABC de l'alpinisme. Le BCMC (Club d'alpinisme de la Colombie-Britannique) offre chaque année un programme à ceux qui veulent s'initier à l'art des crampons, du piolet et des sommets. C'était une occasion en or.

Je suis agréablement surprise par la qualité de la formation qu'on a reçue. Le programme n'est pas offert par des guides certifiés, mais par des gens qui ont une solide expérience et qui souhaitent transmettre leur passion à d'autres. Et ils ont bien réussi.

La première fin de semaine avait lieu à Seymour, une petite montagne tout près de la ville. Avec Larry et Emanuele, on a appris à utiliser nos piolets et nos crampons, à marcher en cordée, à faire des ancrages, à freiner des chutes et à faire plein de noeuds que j'espère ne pas oublier. Avec la moitié du groupe, on a campé au sommet et regardé la ville s'illuminer le soir. On a aussi écouté un orage et regardé les éclairs au loin. En se croisant les doigts pour que ça reste "là-bas".

Caucus. Comme mon t-shirt l'indique, fait chaud!
Photo : Sabine Decamp

Comment freiner sa chute quand on tombe sur le dos la tête en bas!
Photos : Sabine Decamp

Vancouver la nuit.
Photo: Sabine Decamp


Campement au sommet de Seymour.
Photo : Melanie Wilson

La deuxième fin de semaine, Marcus, Dave et Radmila nous ont emmenés sur le glacier Anniversary. On a pratiqué les relais, les ancrages et les manoeuvres de sauvetage. Chaque personne est descendue dans une crevasse pour apprendre à en sortir. Thomas est resté pris au fond de sa crevasse en fin de journée, à cause d'un prussik qui mordait mal dans la corde gelée (il a plu/neigé longtemps). C'était presque drôle - il fallu faire un vrai sauvetage.

Au stationnement de Joffre Lakes, la veille du départ.

Hugues sur le sentier qui mène au glacier.

Le glacier vu du campement à Keith's Hut.

Ma cordée.

Fait pas chaud là-dedans!

La troisième fin de semaine était consacrée au sommet du mont Matier (2783 m). On le voyait de notre campement la semaine précédente, mais cette fois on a pu l'apprécier sous tous ses angles. À 15h samedi, on montait les tentes à "Motel 66", une plateforme dans la neige à mi-chemin entre Keith's Hut et le col. Gerry et Bruce devaient nous faire réviser les notions de sauvetage, mais une belle grosse pluie-neige est tombée de 16h à 23h. Personne n'est ressorti de son refuge avant le lendemain, de sorte qu'à 5h, tout le monde était content de voir le soleil.

Le mont Matier, c'est le petit triangle en haut à gauche.

La montée jusqu'au col a été facile et surtout très chaude. Le soleil sur la neige était vraiment puissant. Du pied au sommet de la montagne, c'était une autre histoire. Les nuages et le vent se sont joints à nous, et comme on n'allait pas vite (14 grimpeurs, 4 cordées, une voie...), nos orteils ont souffert. Mais il suffisait d'arriver en haut pour tout oublier. Je suis arrivée sur la crête en pensant "déjà!"

On n'a pas vu grand-chose en haut à part les nuages. Mais on a eu le temps de prendre nos bottes en photo pour Boots Across Canada afin de participer à une campagne de financement pour le sentier Transcanadien.

Ciel bleu jusqu'au col...

... et brume blanche jusqu'en haut.

Au sommet de Matier.
Photo : Sabine Decamp

Une fille et un gars contents.

La moitié du groupe est partie le soir même. On est restés au campement avec Gerry, Sabine, Melanie et Jamie pour profiter d'une autre journée dans le désert blanc. Le lendemain, les quatre autres sont partis faire le sommet du mont Joffre (2723 m) par l'Aussie Couloir. Notre plan était de faire le même sommet par une autre voie, mais j'étais fatiguée du weekend et j'ai eu une panne de motivation, alors on est allés marcher sur le glacier pour regarder les autres monter. On en a profité pour faire une sieste au soleil. C'était quand même très agréable!

Les lacs Joffre (Middle et Upper) vus du glacier.

De la crème solaire à toutes les heures!

Aussie Couloir vu d'en bas. Voyez-vous les 4 grimpeurs?

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lundi, juin 08, 2009

Row, row, row your boat...

Photos: Erica Goldsmith

Deep Cove, 9h30. Un phoque sort la tête de l'eau pour nous regarder passer. Devant nous s'étend Indian Arm, un fjord de 18 km bordé de falaises et de forêt des deux côtés. On se croirait pas mal plus loin qu'à 30 minutes de route de la ville.

Les yeux encore collés...

C'est beau le Canada!

On a le courant et le vent dans le dos. Le ciel est gris, mais l'eau est calme, et les seules vagues auxquelles on a droit nous viennent des autres bateaux. Martin et Erica nous apprennent à chanter "Row-row-row your boat, gently down the stream...", un air du folklore anglais qui me restera collé dans la tête toute la fin de semaine. J'essaie de me concentrer sur le clapotis de nos pagaies pour m'en défaire, mais sans succès. Oh well.

Au bout du fjord se trouve Granite Falls, notre campement pour la nuit. On arrive à 14h30, on monte les tentes et on retourne sur l'eau pour aller voir plus loin.

Granite Falls

Le fjord prend fin dans une espèce de marais et nos kayaks touchent le fond à cause de la marée basse. Nos amis retournent au campement. Hugues et moi décidons d'attendre la marée montante - qui commence dans quelques minutes - pour explorer l'entrée de la rivière qui se trouve en face. Et là le fun commence. Je n'ai jamais monté de rivière à contre-courant, mais je réalise vite qu'il faut pagayer en ta! Dans un remous où notre kayak reste en place, on prend une pause de bras.

Hugues: "Veux-tu continuer?"
Moi: "Euh... non?"

On a pas mal atteint le point où ça deviendrait du kayak de rivière et j'ai les bras en compote. On retourne au campement, où du linge sec, du vin et les amis nous attendent. Autour du feu on apprend à jouer à Scabby Queen, un jeu de cartes auquel je perds, évidemment. Je me serais passée de la punition, qui consiste à courir en rond en répétant "I'm the Scabby Queen". Pour mal faire, le camping était noir de monde.

Le Fjord, vu de l'autre bord.

On se réveille avec un beau soleil qui met tout le monde de bonne humeur. On décide de revenir en longeant l'autre rive du fjord. Lorsqu'on quitte Granite Falls à 9h30, l'eau est comme un miroir. On se tape sur les cuisses. "Bah! Indian Arm, ça se fait les doigts dans le nez, regarde ça, c'est comme un lac!"

Et vlan. À peine 5 miutes plus tard, un vent de face se lève, les vagues aussi. Hier j'écoutais les coups de pagaie pour méditer. Aujourd'hui j'écoute le kayak frapper l'eau toutes les 3 secondes. On essaie de se regrouper près du rivage à quelques reprises, mais les vagues nous empêchent de rester en place. On finit par trouver une plage privée pour le lunch. Notre sens de l'éthique est bas et la faim l'emporte sur le respect de la propriété.

On ne savait pas encore ce qui nous attendait. De gauche à droite: Erica, Brigitte, Martin, Merce, moi et Hugues.

Le reste de la route a été plus facile. Le vent s'est calmé et on voyait notre objectif au loin, ce qui a redonné du pep à l'équipe - et du muscle aux gars pour faire une course dans le dernier kilomètre. Mon homme a gagné, gnagna.

On arrive-tu là?

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dimanche, mai 17, 2009

Avec mes vieux

À Noël l'an dernier, j'ai convaincu mes parents de venir voir l'été arriver à Vancouver. C'était la première fois que j'avais l'occasion de les recevoir pour plus longtemps qu'une nuit, et j'ai eu beaucoup de plaisir à leur rendre mon dû. Car comme vous le savez, les parents, ça nous reçoit toujours en rois. Remarquez qu'à quatre dans un 2 et demi, l'espace est limité, mais on s'en est bien tirés. Pour le peu de temps qu'on passe ensemble chaque année, on n'était pas fâchés d'être un peu collés.

Voici quelques suggestions pour un voyage éclair en ville:

1. Stanley Park et sa piste cyclable de 9 km sur le bord de la mer.

2. Sun Yat Sen Garden, une oasis au coeur du quartier chinois.

3. La Casa Gelato: 218 saveurs de crème glacée. Une institution!

4. Butchart Garden: c'est à Victoria, mais ça vaut le détour.

5. Autoroute Sea-to-Sky jusqu'à Pemberton: "oh!" et "ah!" garantis.

Merci pour la belle semaine! Revenez nous voir!

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lundi, avril 20, 2009

Red Rocks rocks!

L'hiver n'est pas joyeux pour les grimpeurs qui ne font pas de glace. Les soirées au gym, ça tape sur le moral et ça écorche les tendons. Pour mon amie Mel, avec qui j'avais planifié un voyage à Red Rocks en avril, ça écorchait trop. Une semaine avant la date prévue du départ, elle s'est retrouvée avec une tendinite qui l'empêchait de se brosser les dents. Elle dû en faire son deuil.

Je suis donc partie sans elle, mais pas seule. On avait invité Jay, qui a invité Dave, puis Tanner, qui a invité Lisa... L'expédition à 2 personnes dans une tente est devenue une épopée à 5 dans un appartement avec terrasse et barbecue! C'était la première fois que je faisais un voyage d'escalade aussi luxueux. Oubliez les sandwichs au thon. C'était la to-ta-le.

Les karatekas Dave et Jay sur notre balcon.

Je suis arrivée une journée avant tout le monde, ce qui m'a permis de mettre les pieds à Las Vegas pour la première fois de ma vie. Oh. My. God. Je n'ai pas encore fini de me faire une opinion, mais chose certaine, c'est plus beau le soir que le jour et il aurait fallu que je profite du nightlife pour savourer la ville à sa pleine mesure. Pour l'instant, j'ai juste le mot "laid" qui me vient en tête. Une orgie de kitsch. Pour faire de la photo, c'était très cool. Mais j'avais les yeux rivés sur les parois rouges du désert Mojave et j'avais hâte de sortir de ce zoo.

Une des nombreuses chapelles de mariage de Vegas.

Un beau motel cheap.

Heureusement, on était déjà sur la roche le lendemain. Avec l'orage qui avait frappé la région la veille, on a pu confirmer que le sandstone (du "grès", en bon français) s'effrite facilement après de fortes pluies. Quelques prises sont parties sous nos pieds et on a peut-être transformé quelques 5.7 en 5.8 - désolée...

Nos 10 jours ont passé en coup de vent. On voulait tout voir tout faire, et Red Rocks est immense! On aurait pu y passer plusieurs mois sans jamais grimper la même voie. On s'est concentrés sur les grands classiques: Calico Basin, Gallery, Panty Wall, Black Corridor, un autre que j'oublie, et bien sûr, quelques longues voies, comme Frogland, sur laquelle quelques gars qui avaient bu du café à 5h30 ont souffert de la vessie pendant longtemps.


J'ai leadé ma première 5.9 de la saison à Gallery.


Team Vancouver au sommet de Frogland après 6 longueurs.


À travers tout ça on a pris 2 jours de repos. Le premier s'est passé à Valley of Fire, un secteur très coloré du désert de la région. C'était vraiment fascinant. Le deuxième s'est passé à Vegas, à la piscine du Luxor, où on est entrés un peu illégalement en faisant croire au gérant qu'on avait passé la journée au casino et qu'on méritait bien quelques heures à la piscine même si on n'habitait pas à l'hôtel. On a laissé Jay raconter tous ces mensonges d'un air convaincant au gardien de sécurité. Ça méritait un Oscar.


Les reliefs incroyables de Valley of Fire.


Thanks guys! That was a hell of a cool trip!

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dimanche, mars 01, 2009

Sur deux planches

(photos à venir)
Je n'ai jamais autant aimé l'hiver qu'ici, sur la côte Ouest, où on peut jouer dans la neige toute la journée et rentrer à la maison sur des trottoirs bien secs, le tout en échange d'une ou deux heures de route entre le printemps éternel, en bas, et l'hiver éternel, en haut.

C'est donc avec beaucoup de joie que j'ai ressorti mes skis de fond cet hiver. On a surtout exploré Callaghan Valley, un tout nouveau centre de ski créé spécialement pour les Jeux olympiques d'hiver de 2010. Je crois ne pas me tromper en disant que ce sera l'un des plus beaux héritages des Jeux dans la région. On y trouve 55 km de pistes et des paysages qui donnent envie de faire un autre kilomètre, puis un autre, puis un autre...

Après quelques weekends à s'être délié les jambes, on a participé à un biathlon amical, juste pour essayer. Les organisateurs nous ont montré comment tirer sur une cible, et quelques minutes plus tard nous étions sur le parcours, dans une grosse neige mouillée qui ne facilitait pas les choses. J'ai manqué 3 cibles sur 5 au premier tour, et une seule au dernier tour - là j'étais bien contente, parce que je n'avais plus de jambes pour faire d'autres tours sur la boucle de pénalité!

Je me suis aussi remise au ski alpin. Ça datait. C'est un peu comme le vélo, ça ne se perd pas trop, mais disons que la longueur des pistes à Whistler est un peu plus fatiguante qu'à Notre-Dame-du-Rosaire! Hugues a été un ange et m'a donné quelques bons trucs pour gagner de la vitesse - remarquez qu'avec le temps que je prenais pour finir mes descentes, c'était à son avantage!


Au sommet de Whistler.

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mercredi, novembre 19, 2008

Seattle et Olympic Peninsula

J'ai traversé la frontière américaine sans passeport. Le nouveau règlement sur l'identification des voyageurs n'était pas encore en vigueur, mais ça n'a pas empêché les douaniers de me faire tout un show.

"Comment ça pas de passeport?"
"Ben quoi, c'est pas en 2009 que le règlement entre en vigueur?"

(c'était en novembre 2008)

J'ai dû m'asseoir dans le bureau du boss et répondre à 56 questions sur ma profession, mes allées et venues, et sur pourquoi je traversais la frontière sans passeport avec une voiture qui n'était pas la mienne.

"C'est celle de mon chum."
"Il est pas avec toi?"
"Ça arrive..."

Je pensais faire des photos de ciel gris et de gouttes de pluie à Seattle, mais c'est finalement un gros ciel bleu qui m'attendait. Le weekend d'automne parfait.

Le marché public de Seattle est vraiment à voir. La market girl en moi a été comblée! Je n'en ai jamais vu d'aussi grands et d'aussi animés dans l'hémisphère Nord. Les poissonniers se donnent en spectacle en lançant les poissons d'un comptoir à l'autre et en les coupant de façon spectaculaire - du genre, si j'essaie ça à la maison, je vais me couper une main par erreur! Il y a des musiciens à tous les 20 mètres, ça sent le pain partout, et n'essayez surtout pas de marcher d'un pas pressé, la foule est dense.

Un autre qui avait hâte de voir Obama arriver.

C'est aussi coloré la nuit.

Après les retrouvailles avec Mike, avec qui j'enseignais au Pérou (many thanks for the roof!), j'ai filé vers Olympic Peninsula. Et alors j'ai réalisé que les petits bouts de terre qu'on voit sur une carte routière sont parfois plus grands qu'on pense. Dans cet immense parc national, on trouve un mélange de plages, de forêts humides, de montagnes et de glaciers. Et aussi beaucoup de vent, de pluie et de brume! J'ai à peu près tout vu en 48 heures, et j'ai hâte de revisiter l'endroit sur deux pattes plutôt que derrière le volant. Mais ça va prendre de longues vacances.

Sur la côte au coucher du soleil.

Sur le sentier d'Hurricane Ridge, qui porte bien son nom. J'ai vu un gars perdre sa casquette. On ne met pas de casquette à Hurricane Ridge. Point.

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jeudi, octobre 16, 2008

3 jours et 2 saisons à Garibaldi

Quelque part entre le 7e et le 8e kilomètre, on est passés de l'automne à l'hiver. J'ai sorti ma tuque et j'ai vu mon souffle se condenser en sortant de ma bouche. J'avais bien fait d'apporter quelques couches supplémentaires, même si c'était l'été indien "en bas"...

Le parc provincial Garibaldi est un petit bijou de la Colombie-Britannique: presque 2 000 km carrés de montagnes, de glaciers et de paysages lunaires entre Squamish et Whistler. La première journée nous a menés au lac Garibaldi, notre campement pour la nuit. Après une longue marche dans une forêt sans fin, on a eu droit à une vue hallucinante sur cette grande étendue d'eau turquoise dans laquelle se miraient toutes les montagnes des alentours. Mettons que ça commençait bien!

Lac Garibaldi, juste avant l'arrivée des étoiles.

Le lendemain on a marché sur Panorama Ridge, une arête escarpée qui mène jusqu'à un plateau... et sur ce plateau, la vue sur les montagnes de la région est à 360 degrés ! Je n'avais pas remarqué qu'on voyait si loin jusqu'à ce qu'on arrive, concentrée que j'étais sur mes jambes qui callaient dans la neige parfois jusqu'aux genoux. On avait des guêtres, mais pas de raquettes, alors on a monté leeeenteeemeeent. Mais sûrement! Et arrivés en haut, on a dit "oh!" et "ah!" pendant un bon 15 minutes. Ma-gni-fi-que.

Vue sur le lac Garibaldi du haut de Panorama Ridge.

Malheureusement on n'avait que 3 jours et il fallait déjà revenir sur nos pas le lendemain. Alors on est repassés de l'hiver à l'automne et j'ai rangé ma tuque entre le 8e et le 7e kilomètre.

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vendredi, septembre 05, 2008

Le paradis est à Gulf Islands

Je suis fascinée par le nombre d'îles qui se trouvent sur la côte Ouest. C'est la débandade à quelques km du continent: des îles partout!

On a profité d'un long week-end pour explorer les Gulf Islands, qui se trouvent à mi-chemin entre Vancouver et l'île de Vancouver. À Mayne Island on a trouvé le campement parfait, au bord de l'eau, avec une douche - une vraie, avec eau chaude - en plein air! Imaginez-vous dans votre plus simple appareil en train de vous savonner le dessous de bras en regardant la mer...


Coucher du soleil au quai de Mayne Island.

De notre camp de base, on a pris un petit bateau pour aller faire du vélo sur Salt Spring Island, une île pleine de belles côtes à descendre - ouf! et à monter. Ce jour-là il y avait un marché d'artisans et de producteurs locaux. On aurait dit que le village entier était là. C'était visiblement LA journée de la semaine. On a attrappé un panier de prunes jaunes au passage.


Poissonnerie à Salt Spring Island.

On a aussi fait du kayak entre les îles Mayne et Saturna. En cours de route on a croisé quelques phoques et une épave toute rouillée qui surgit de la mer à marée basse. Je n'ai de photos de ni l'un ni l'autre, j'avais peur de voir disparaître mon appareil photo dans les abysses du Pacifique...


Mais j'ai pu faire quelques images à Saturna avant le retour!

Sur le traversier vers Vancouver, le capitaine a transformé le trajet de 30 minutes en une excursion d'une heure et demie: il y avait des baleines partout! "Mesdames et messieurs, nous allons dévier de notre trajectoire habituelle pour vous permettre de les observer." Alors pendant que des touristes payaient 150 $ pour les poursuivre en zodiac, on a eu droit au plus gros show de baleines pour presque rien. Right on!

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jeudi, juillet 31, 2008

Paella et sable chaud

Pause sangria à Barcelone avec des amis du Québec, de l'Irlande, de l'Argentine et de l'Australie rencontrés dans une auberge. Je pensais me reposer les pieds, mais la tornade espagnole nous a tous emportés, c'était inévitable.

C'est donc à Valencia que j'ai reposé mes pieds. Avec seulement deux jours pour tout voir, j'ai succombé au "bus turistico", un gros machin rouge à deux étages qui m'a permis de voir la ville d'un bout à l'autre tout en me faisant sécher les cheveux.

Valencia fait concurrence à Barcelone. Avec ses plages de sable fin, son quartier historique spectaculaire et une vie culturelle bouillonante, la 3e plus grande ville du pays est aussi le berceau de la fameuse paella, une audacieuse poêlée de riz et de légumes avec viande ou fruits de mer (ou les deux, faites-vous plaisir!) assaisonnée avec talent. L'envie de lécher son assiette n'est jamais loin.

Architecture grandiose à Valencia.

À Tarragona, un peu plus au nord, les plages n'ont pas de fin et quelques falaises donnent au paysage une allure plus sauvage. La ville compte aussi plusieurs vestiges de l'empire romain qui font partie du patrimoine mondial de l'UNESCO. J'ai eu la chance d'arriver en début de soirée, au moment où le décor devient jaune, orangé, puis rouge... C'était magique, je ne savais plus où regarder!

Sur la place publique, j'ai assisté à une performance musicale expérimentale: deux guitaristes, un percussioniste et un gars qui connaît toutes sortes d'instruments à vent farfelus jouaient des trames sonores sur des animations présentées sur un écran géant. À cela s'est ajouté un danseur vêtu de ballounes (et de rien d'autre!) en fin de soirée. Le pauvre a été poursuivi par des filles armées d'objets pointus à la fin du spectacle. On l'a entendu disparaître dans le quartier historique, à mesure que ses vêtements s'envolaient.

Pêcheurs à Tarragona.

Je suis ensuite repassée par Barcelone, le temps d'un week-end avec Niamh, une amie de l'Irlande qui avait besoin d'une pause de la pluie. Deux heures d'avion, la chanceuse! Ça m'a permis de visiter la ville sous un autre angle. On a loué des vélos oranges avec sièges ultra confortables pour aller voir les plus beaux monuments. On a aussi pris un téléphérique jusqu'en haut du mont Tibidabo, d'où on peut voir la ville et la côte se découper dans la mer Méditerranée. Une grosse farce. Un parc d'attractions est planté au sommet et s'impose dans toutes les photos qu'on veut prendre. C'est comme si une partie de la Ronde se trouvait sur le belvédère du Mont Royal...

Trois jours courts avec Niamh.

J'ai passé la dernière semaine du voyage à la mer. À Cadaquès, un village de pêcheurs aux airs de Grèce, j'ai loué un vélo électrique (à 35C, c'est un must!) pour me rendre au Cap de Creus, le point le plus à l'Est du pays. J'ai eu droit à un paysage lunaire: terre jaune, falaises grises, mer turquoise, cactus et chardons. Le paradis, n'eut été les trop nombreux touristes pour la taille du pueblo. Un touriste par mètre carré! C'est dommage, car l'endroit est très inspirant.

Cap de Creus, près de Cadaquès.

Ils étaient aussi nombreux à L'Estartit, mais la ville est plus grande, ce qui donne plus d'espace à mon sac à dos. L'Estartit, on m'avait prévenue, c'est un genre d'Old Orchard Beach, mais ce ne sont pas les vendeux de T-Shirts qui allaient m'empêcher de voir les îles Medes.

À moins d'un kilomètre de la côte, les sept îlots de cette réserve marine sont habités par une foule d'oiseaux, de poissons et de coraux. J'y ai fait ma plus belle sortie de kayak à ce jour. On a fait le tour de l'archipel, visité de petites grottes, pagayé dans les vagues au retour, quand le vent s'est mis de la partie... Vraiment trippant!

Iles Medes.

J'ai aussi fait du snorkeling, pour voir ce qui se trouvait en dessous de mon kayak la veille. Des tonnes de poissons! Et une grosse méduse transparente, avec laquelle je me suis trouvée nez à nez. J'ai failli revenir avec un tatouage rouge dans le visage, mais je l'ai contournée de justesse. Un peu plus et on parlait d'une rencontre "marquante"...

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vendredi, juillet 25, 2008

Montagnes espagnoles, prise deux

Pas de chance avec la météo dans les Pyrénées, et je n'ai pas la patience d'attendre. Un train de nuit m'emmène dans la cordillère Cantabrica, plus à l'ouest. Je vais marcher quelques jours dans le parc Picos de Europa: 646 km carrés de grands pics de roche clacaire, taillés par les glaciers il y a très très longtemps.

Il pleut quand j'arrive (décidément!), mais deux jours plus tard je suis enfin à l'entrée du parc sous un beau ciel bleu. La foule est grande au centre des visiteurs et il faut faire du slalom pour prendre des photos au belvédère, mais je me retrouve vite seule avec les vaches à mesure que je m'enfonce dans les pâturages qui sont au pied des montagnes. Le paysage change toutes les demi-heures: de l'herbe, on passe à la terre, puis aux pierres. Et le spectacle des montagnes m'attend en fin de journée, au moment où je traverse un petit col: derrière moi, les collines. Devant: une grosse masse grise immuable, quelques petits nuages qui flottent au milieu. J'ai vraiment changé d'altitude!

Vue sur le massif central des Picos de Europa.

Au refuge Vega de Ario, près de mon site de camping, il y a Pedro, la quarantaine avancée, assis les mains dans la face. Son cheval broute, son chien cherche l'ombre, et le gardien du refuge a vraiment l'air en peine. Je vais le saluer, lui demander à quelle heure on peut souper.

-Bah. Sûrement pas avant 22h, et ça c'est s'il reste de la lasagne, j'ai un groupe de 23 spéologues à nourrir.

Ça va pas bien, pour lui comme pour moi, parce que dans mon sac, j'ai des déjeuners et des lunchs.

-As-tu besoin d'aide? Franchement, j'ai rien d'autre à faire à part lire dans ma tente...

Je pense, en toute humilité, que j'ai fait sa journée. On a cuisiné toute la soirée en écoutant son vieux radio cracher du Tom Waits, et j'ai eu droit à ma lasagne, et à du vin du pays aussi. C'est pas souvent qu'on mange aussi bien en trek!

Le lendemain, j'ai marché sur une mer de cailloux dans le canal de Trea. Parfois debout, souvent sur les fesses, je dois l'admettre. Des paysages à couper le souffle, et un dénivelé à couper les muscles! J'ai souvent laissé mon sac à dos rouler en bas pour le rejoindre plus tard, histoire de garder mon équilibre. Mes pics de tente sont disparus dans une de ces descentes épiques. Mais mon appareil photo a tenu le coup, alors voici de quoi le sentier avait l'air d'en haut.


Au bout de la journée m'attendait un village drôlement tranquille, Caín. J'avais le dortoir de l'auberge pour moi toute seule, et le bruit d'une rivière pour m'endormir - même si j'en avais pas vraiment besoin!

J'ai passé ma troisième journée à longer la gorge de la rivière Cares, sur un sentier large d'environ 1,5 m (d'un côté, les montagnes, de l'autre le vide, et en bas, la rivière, qui a l'air toute petite). Des montagnards m'avaient dit, à la blague, que j'allais voir un feu de circulation à une intersection, et sérieusement, ça ne serait pas inutile! Le sentier est décidément populaire. Et c'est tout à son honneur.

Sentier Garganta de Cares.

Quand je suis arrivée à Arenas de Cabrales, un autre grain de sable sur la map espagnole, un grand vent s'est levé et le soleil est passé derrière un voile gris-noir en moins d'une demi-heure. ll a plu le lendemain et le surlendemain, et je manquais de temps pour attendre que ça passe, alors je suis sortie des montagnes, mais avec la ferme intention d'y revenir un jour, car je n'ai pas le sentiment d'avoir fini ma mission.

Arenas de Cabrales.

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vendredi, juillet 18, 2008

Caramba!

C'est l'histoire d'une fille qui s'en allait dans le nord de l'Inde avec une amie, et qui se retrouve en Espagne en solo. Des circonstances incontrôlables ont mis fin à notre beau projet, mais l'Inde reste définitivement sur ma liste (quand tu voudras, Marie!).

Je dois quand même admettre que j'avais l'Inde assez loin quand je suis arrivée à Barcelone, ma destination de remplacement. Pour tout dire, mes rêves d'Himalayas ont vite été remplacés par une obsession pour la sangria locale. Quand il fait 33 C avec smog, on ne pense qu'à ça! J'ai donc étanché ma soif et adopté le rythme d'ici: avant-midi actif (c'est le moment de marcher et visiter les attraits touristiques avant que le four s'allume à midi), sieste l'après-midi, et vraie vie à partir de 21h, quand la ville se transforme en fourmilière. Quand on vient de Montmagny, on trouve ça très exotique. Ici, ce n'est que la norme.

Barcelone, capitale de la Catalogne, est un petit bijou avec ses bâtiments qui datent de l'époque médiévale et ceux issus du courant moderniste. L'architecte Antoni Gaudi est une icône ici. Il a notamment créé la Sagrada Familia, une cathédrale monstre que je n'ai pas encore réussi à photographier à sa juste valeur. L'artiste a quitté ce monde en 1926, frappé par un tramway (et selon la légende, c'était au moment où il reculait dans la rue pour regarder son oeuvre, le pauvre). La construction se poursuit toujours et devrait prendre fin en 2030.

Ci-dessous: autres oeuvres de Gaudi au Parc Güell et sur la toit de la maison La Pedrera.



Je suis ravie de mon contact avec les Espagnols. Je découvre des gens accueillants, courtois, au sens de l'humour aiguisé. J'aime aussi leur esprit grégaire. Un soir où j'allais voir DJ Tiesto - tant qu'à être les deux dans la même ville! - j'ai demandé à deux filles d'ici comment me rendre à l'événement. "Ben justement, on y va, tu peux venir avec nous!" Nous, c'était en fait une bonne vingtaine d'amis, qui m'ont traitée comme une des leurs. J'ai beaucoup apprécié cet accueil. On a dansé comme des sauterelles jusqu'à 7h du matin, ils ne sont pas tuables!

La grand-messe! Gracias amigos.

Après deux nuits blanches sur cinq, j'ai mis le cap sur les Pyrénées pour prendre une bouffée d'air frais. Mon camp de base était à Torla, un joli village fait entièrement de pierres et encerclé de massifs impressionnants, comme le Monte Perdido (le "mont Perdu"). J'allais faire un trek de 4 jours de village en village, mais au 2e jour, sans avertir, des nuages gris-noirs sont arrivés en même temps que moi sur un col que j'avais mis 3h30 à atteindre. J'ai attendu une heure, au cas où ça se dégagerait, mais rien à faire. On m'a bien prévenue de ne pas sous-estimer la puissance d'un orage potentiel dans les Pyrénées, alors je suis retournée du côté où il faisait beau, en défaisant le chemin parcouru depuis le matin. Bilan: trois ou quatre bonnes ampoules.

Jusque là, tout allait bien.

Mon destin a changé à 15h.

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dimanche, mars 30, 2008

Vancouver a faim

Un vieil homme à la barbe jaunie parle à un ami imaginaire sur le trottoir. Une jeune femme frêle enroulée dans une couverture de laine tend la main aux passants pressés. Trois ou quatre jeunes ont élu domicile au pied du pont que je vois par la grande fenêtre de notre salon. Certains ont un chien; c'est le meilleur ami de l'homme la nuit, quand il fait zéro.
On apprenait récemment que le nombre de sans-abris a presque doublé à Vancouver depuis 5 ans. Avec ses hivers doux, la plupart du temps sans neige, c'est de loin la ville canadienne la plus populaire auprès de ceux qui vivent dans la rue. Je trouvais qu'ils étaient nombreux à Montréal, mais je n'avais encore rien vu. C'est ce qui m'a le plus frappée à mon arrivée, il y a deux mois. Du coup j'ai eu envie de faire une grosse fournée de biscuits et d'en donner à tout le monde. Il y a tellement de gens qui ont faim.

Notre quartier est un bon endroit pour observer l'écart entre les riches et les pauvres. Du côté ouest de Main Street, des tonnes de gratte-ciels aux condos hors de prix. Du côté Est, des bâtiments abandonnés, un grand terrain vague. Notre "chenous", un immeuble construit en 2005, est à cheval entre ces deux univers. Et juste à côté du quartier chinois. Ça ne manque pas de couleurs dans le coin!


La fièvre des Jeux olympiques de 2010 fait aussi beaucoup jaser. Les dizaines de grues qui dominent actuellement le paysage jurent un peu avec les montagnes et la mer, mais les retombées économiques qu'on attend de cet événement font beaucoup d'heureux. À commencer par les promoteurs immobiliers. Lorsqu'un événement de cette taille a lieu, on se demande souvent s'il restera des miettes pour les plus démunis. Le comité organisateur des Jeux a fait preuve d'audace en ajoutant le développement durable aux valeurs qu'il entend promouvoir. Avec les gouvernements fédéral, provincial et municipal, le comité s'est notamment engagé à respecter 37 engagements pour l’adoption de pratiques inclusives à l’égard de la population des quartiers défavorisés. C'est une première dans l'histoire de l'olympisme. Un gros bravo.

Vancouver, c'est aussi le royaume de la pluie. Mais jusqu'à maintenant, rien de très déprimant. J'ai regardé vos photos de maisons cachées par huit pieds de neige avec un drôle de sentiment! C'est un peu surréel d'avoir laissé cet hiver infernal derrière moi pour me retrouver, du jour au lendemain, dans une ville dont les pistes cyclables sont ouvertes 12 mois par année. "Qu'est-ce que tu as fait ce week-end?", me demande ma mère au téléphone. Mon père vient de passer deux heures à pelleter son entrée, je me sens tout à coup cheap de lui dire que j'ai fait mon jogging en t-shirt et que j'ai lu mon roman sur une terrasse.

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mercredi, mars 14, 2007

À GO on continue

Je suis en terrain connu en Équateur, mais c'est une redécouverte, car ma première visite date de 1999. À cheval entre le tiers-monde et la modernité, le pays mange de la misère depuis que la monnaie nationale, le sucre, a été remplacée par le dollar américain. L'inflation a atteint des sommets inquiétants au début du processus (46% en 2001) pour ensuite se stabiliser autour de 10%. Résultat: un gros 70% de la population vit sous le seuil de la pauvreté. Pour les touristes, ça reste une belle aubaine: à peu près tout ce qui se mange coûte 0,50$ ou 1$. Un dodo à l'hôtel, rarement plus que 8$, et je ne vous parle pas d'un dortoir qui sent la robine, mais d'une chambre privée avec eau chaude et télé.

Marchand de crème glacée dans le Quito colonial.

À Quito, j'ai été reçue avec un sourire grand comme ça. Il appartient à Linda, une Québécoise qui vit là depuis 20 ans avec mari et enfants. J'ai vécu parmi eux pendant trois jours, le temps de faire des images et d'attacher les ficelles de mes deux dernières semaines. Je ne les remercierai jamais assez pour l'accueil chaleureux que j'ai reçu. J'ai même eu droit à de la lasagne au thon et à du pudding au chocolat. En fin de parcours, mes papilles gustatives apprécient cette alternative au riz + patates + oeuf frit.

C'est le paradis de la photo dans ce beau pays. À Otavalo, des dizaines d'artisans colorent la place publique le samedi et le dimanche: hamacs, ponchos, tuques, foulards, figurines, colliers, bracelets, gravures sur fruits séchés, vaisselle de bois, name it!

Chapeaux de Panama au marché des artisans d'Otavalo.

À Saquisili, on trouve l'un des plus grands marchés du pays. Je pensais avoir tout vu après avoir fait le tour d'une immense place publique remplie à bloc de campesinos et de marchandises. Puis, en marchant plus loin, je suis tombée sur une autre, puis une autre, puis une autre... Il y en a sept! Le Wal-Mart de l'Amérique du sud.

Commerçante au marché de Saquisili.

À Cuenca, les vestiges de la colonisation sont à tous les coins de rue: jamais vu autant d'églises au kilomètre carré. L'écart entre les riches et les pauvres est aussi très frappant. À deux pas des cafés branchés, des mamitas à cinq épaisseurs de jupes vendent leurs légumes et leurs petits pains dans la rue. Ou au marché 10 de Agosto, une espèce de centre commercial avec escaliers roulants et tables de vinyle où la propreté diminue à mesure que le jour avance. Cette ville me fascine, j'y erre sans but tous les matins - c'est la saison des pluies, les averses sont réglées comme une horloge: chaque jour dès 14h. Ensuite je rentre faire la sieste, histoire d'être en forme pour boire des mojitos avec Ria (Colombie-Britannique) et Lydie (France), mes super colocs de dortoir.

Une autre soirée mémorable.

Ce matin, en me balladant, j'entends: "Es gringa o no?" (Elle est gringa ou pas?) Le papa, la maman et les deux enfants m'observent et font des paris. Mes yeux noirs leur donnent des doutes alors je passe leur dire la bonne réponse. Ah ben! Une gringa qui parle espagnol! C'était leur premier choc culturel.

Je termine mon voyage là où je l'ai commencé: à Trujillo, au Pérou, avec mes amis de SKIP. Depuis que j'ai quitté l'endroit l'été dernier, de nouveaux locaux ont été construits et la maison des volontaires est pleine à craquer. Les enfants sont toujours aussi charmants. Peut-être que je reviendrai un jour, c'est très tentant! Mais pour l'instant, je rêve surtout de mettre mon linge dans des tiroirs, de dormir dans MON lit, de voir ma famille, mes amis, de manger des toasts au beurre d'arachides pour déjeuner... Je suis prête à rentrer.

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"Parkée" à Bogota

Mon père a toujours dit que ses filles ont "une bonne étoile". Moi j'ai toujours dit qu'on fait sa chance. Mais là, c'est papa qui gagne: avec tous les petits miracles auxquels j'ai assisté cette semaine, il y a une bonne vibration qui s'occupe de moi quelque part.

J'ai finalement obtenu un passeport temporaire après 4 jours de patience. J'ai aussi convaincu Western Union de me donner l'argent que mes parents m'envoyaient même si je n'avais aucune carte d'identité à montrer. À Bogota, un artiste m'a prêté un appareil-photo en échange de quelques leçons de français: j'ai pu refaire la moitié des images que j'avais perdues. Et trois jours plus tard, la police a retrouvé MON appareil-photo! À part des traces de doigts bien gras sur la lentille, rien de grave. J'ai de la veine!

J'aurai donc passé deux semaines à Bogota: une de plein gré, une autre à remplir des papiers et à passer des coups de fil. J'ai quand même eu le temps d'apprécier la capitale, ses places publiques colossales et ses mets étranges - comme l'arepa, une galette de maïs frite et farcie de fromage, et la salade de fruits locale, garnie de fromage râpé ET yogourt ET crème glacée. C'est... particulier!

Me suis aussi faufilée dans une manifestation anti-Bush (il était en tournée sud-américaine) dans le quartier La Candelaria. Je m'attendais à voir des gaz lacrimogènes et des clôtures qui tombent, mais sur la Plaza Bolivar, c'était plutôt tranquille. Les leaders scandaient des slogans au micro, et la foule répétait en faisant danser des drapeaux. À ce qu'on m'a dit, c'est plutôt dans les universités que la police a eu des gros problèmes.

Bush n'est pas vraiment le bienvenu à Bogota.

Una monton de gracias a la familia de Cabeto: Marcia, Ana & Ivan, Alicia & Orlando, y sus hijos y hijas. Nunca olvidaré su generosidad y siempre seran bienvenidos en mí casa! A todos les mando un abrazo.

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dimanche, mars 04, 2007

Attentat raté

La Colombie. Oui, il y a des policiers en uniforme kaki avec mitraillette sous le bras au coin des rues. Non, il n'explose pas de bombes à toutes les cinq minutes. Oui, c'est suicidaire de se promener dans la jungle le soir sur le bord de la frontière. Non, ce n'est pas le genre de place que je fréquente. Et sur la route dite "principale", qui relie la côte Pacifique à la cordillère des Andes jusqu'à la frontière avec l'Équateur, les Colombiens vivent leur quotidien paisiblement, dans un pays où la guerilla n'achale pas ceux qui n'achale pas la guerilla.

Plaza de armas, Bogota.

J'ai commencé par quatre jours à Bogota pour prendre le pouls. Surprise: à mon auberge il y avait aussi Jimi et Rod, respectivement de la Nouvelle-Zélande et de l'Australie, que j'ai connus cet hiver en Uruguay. J'avais mes gardes du corps pour faire la fiesta et pour faire des photos dans les marchés - dont l'immense Paloquemao, où s'empêtrent fruits, légumes, pièces de viande, poissons, fromages, fleurs et épices à l'infini. Chevere!

Parlant de fruits, je ne les ai pas comptés, mais la liste est longue et juteuse. Et plus ils sont laids, plus ça goûte bon! Depuis mon arrivée, pour déjeuner, j'achète des fruits que je n'ai jamais vus et j'apprends comment ils marchent. Je n'ai pas encore réussi à couper un pitaya sur le sens du monde.

J'ai plus de succès avec les lithcis et les raisins.

Voulez-vous vraiment savoir la suite? Il y a quatre jours j'ai quitté Bogota pour me rendre dans le sud. En chemin, mon voisin de siège de bus avait le goût de jaser, mais pas moi, alors je répondais vaguement à ses questions et je replongeais dans mon livre. Je suis quand même polie, et j'ai appris chez les latinos que le partage est sacré, alors quand j'ai sorti mes raisins secs je lui en ai offert. Et quand il a sorti deux petits jus d'orange en boîte, un pour lui, un pour moi, j'ai dit super, merci. Et après, je me suis réveillée sur un lit d'hôpital, une seringue dans le bras, quatre faces au-dessus de moi, la tête pesante, la nausée... On m'a dit qu'il y avait un sédatif dans mon jus, que le gars est parti avec mon passeport, mon argent, mes cartes bancaires, mon appareil-photo (et mes images des deux dernières semaines, merde!), et que j'ai passé 48h dans un état plutôt comateux.

Mais les Colombiens ne sont pas tous des cons. L'hôpital m'a chargé zéro peso (de toute façon je n'avais plus rien!); un policier m'a accompagnée à ma sortie et pendant ma série de coups de fils à la banque et à l'assureur; la compagnie de transport m'a renvoyée à Bogota gratuitement avec un peu d'argent de poche; et la famille d'un ami m'a accueillie comme si j'étais moi aussi une Suarez-Escobar. Ils m'ont hébergée, nourrie, emmenée en balade du dimanche avec une trâlée d'oncles, de tantes, de cousins, de cousines, et pouf j'ai réalisé qu'après tout, j'ai au moins le plus important: je suis en vie! Le papa Escobar m'a dédié une prière familiale ce matin, il paraît que je suis bénie de bord en bord maintenant et que je peux continuer ma route l'âme en paix. Ici, on aime tout le monde "igual". Et ça m'a fait beaucoup de bien. L'ambassade du plusse-meilleur-pays-du-monde bénira-t-elle ma demande de passeport d'urgence demain matin pour que je puisse savourer les 20 jours qu'il me reste? La suite bientôt - j'espère!

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Histoires des pays d'en haut

- ¿De donde eres? (D'où viens-tu?)
- De Canadá (Du Canada)
- Aaaaaaaaah! Canadá! Muy grande!

Fiou! Mais ton Argentine aussi elle est grande mon ami.

Après toutes sortes de batailles avec le vent et la pluie de la Patagonie, j'ai pris un malin plaisir à relaxer sous le soleil du nord argentin, dans la province de Jujuy. À deux pas de la frontière ave la Bolivie, c'est un autre monde. J'y ai retrouvé une ambiance que j'aime beaucoup: un fouillis de couleurs primaires, d'odeurs de pain à la levure et de poussière qui colle sur ma couche de crème solaire... Je voulais m'insérer dans l'ambiance du carnaval sud-américain, mais je suis arrivée un jour trop tard. Il ne restait que des traces de la fête: quelques confetti dans la rue, deux ou trois bombonnes de neige articificielle, et de temps en temps des ados qui me lançaient leurs dernières ballounes pleines d'eau. Sur la dizaine que j'ai reçues, une seule a explosé, sur la fesse droite, ça les a bien fait rire.

Pendant mon séjour je me suis promenée dans la Quebrada Humahuaca. Une quebrada, c'est un ravage de la nature, un lit de rivière à sec ou une grosse crevasse qui s'étend sur des dizaines de kilomètres. Tout autour de celle-ci, il y a Tumbaya, Pulmamarca, Maimara, Tilcara, Humahuaca, et d'autres pueblos de cinq pâtés de maisons et demi où on vit essentiellement de l'agriculture et de l'artisanat. Il fait chaud, il fait sec, les montagnes sont rouges, jaunes, orangées, grises, mauve, vert lime, on ne sait plus où regarder, c'est un lieu magique. Et chargé d'histoire. Dans ce coin de l'Argentine, les Espagnols ont mis 80 ans à conquérir les Incas, qui connaissaient trop bien le territoire pour se laisser attrapper. Même armés de cossins faits à la main, ils ont fait suer les Blancs de toutes sortes de manières ingénieuses. La légende dit même qu'ils habillaient les cactus pour que de loin, l'ennemi ait l'impression qu'une armée est en chemin. Pas fous les indiens...

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jeudi, février 15, 2007

Potins patagoniens

Un matin en Patagonie: tu te réveilles au son du vent qui brasse ta tente. Tu déjeunes: une averse. Tu laves la vaisselle: un arc-en-ciel. Tu mets tes bottes: une éclaircie. Tu sors pour ta journée de marche: le vent te dépeigne, une goutte de pluie te tombe sur le nez, un gros nuage noir laisse passer deux rayons de soleil. Il n'est pas encore midi!

J'avais un mois et demi pour traverser l'Argentine et j'ai choisi de le faire à coups de treks, histoire de me dégourdir les pattes entre les trajets d'autobus interminables. On m'avait prévenue, mais je suis encore abasourdie: il n'y a rien entre deux villes. R-I-E-N! Dans la grande steppe jaune, quelques buissons qui poussent tout croche, des moutons qui broutent, et c'est tout. Le paysage vous hypnotise.

À Mendoza, j'ai marché quatre jours autour de l'Aconcagua, la plus haute montagne du continent (6900 m). En chemin j'ai rencontré des braves qui s'en allaient au sommet, et d'autres qui en revenaient. L'un d'eux a perdu la vue du côté droit à 300 mètres du sommet. Il voulait tellement continuer - en altitude on perd du jugement! - mais son guide l'a renvoyé en bas, où il a finalement retrouvé la vue, mais pas la bonne humeur.

L'Aconcagua. Que dire de plus!

Dans la région des lacs, près de Bariloche, un autre trek de quatre jours m'attendait dans le parc Nahuel Huapi. Des lacs turquoise, des montagnes partout partout partout, monte, descends, monte, descends, dans la forêt, la neige, la bouette... Les levers et les couchers de soleil étaient chaque fois plus beaux que ceux d'hier, j'ai joué à Kid Kodak. Ensuite, repos à El Bolson, un petit bijou de ville hippie. C'est sûrement là qu'on trouve la plus grande concentration de rhastas et de vieux bazous!

Jour 1, près du regugio Frey. Fait chaud.

C'était sympathique, mais ça ne bat pas mon grand coup de coeur, El Chaltén, un pueblo fondé il y a 10 ans pour empêcher le Chili de s'étendre. Il m'a fallu 35h de bus et un dodo dans une gare pour m'y rendre, mais c'était peu payer pour marcher autour du mont Fitz Roy et du Cerro Torre. Je laisse la photo vous raconter...

Cerro Torre.

À Calafate, j'ai pu admirer l'hallucinant glacier Perito Moreno sous toutes ses coutures avec Niamh (Irlande), Klaas (Hollande) et Claudia (Allemagne), rencontrés à El Chalten. On est d'abord montés au Cerro de las Estrellas par un sentier mal balisé dont nous avons fini par perdre la trace, ce qui nous a obligés à grimper la montagne en ligne droite comme des chèvres! La pluie, le vent et les nuages ont caché une grande partie du paysage, mais on a eu droit à une vue panoramique du glacier et à un arc-en-ciel sur ciel gris. Plus tard - et plus bas! - on a observé le glacier dans un face à face qui a duré 4h. Je n'ai pas bougé d'un poil: 14 km de long, 5 km de large, 60 mètres de haut, des pans de glace géants qui se détachent toutes les dix minutes pour plonger dans un lac couleur Windex... Pour rendre hommage à cette beauté de la nature, on a siroté un Malbec à ses pieds.

Le glacier Perito Moreno.

Un premier toast.

Un détour au Chili pour parcourir le fameux W à Torres del Paine. Là, le climat est très patagonien! Je me suis battue contre le vent et j'ai joué à la cachette avec les averses pendant quatre jours. Au 5e et dernier jour, les montagnes étaient dans une épaisse brume, et mes sinus aussi, à cause d'une grippe de gars, alors j'ai abdiqué et il manque une petite patte à mon W...

Le glacier Francia.

Je vous écris d'Ushuaia, qui s'autoproclame "ville la plus au sud du monde". C'est un grand débat: plus au sud, il y a Puerto Williams, sur l'île Navarino (Chili), mais avec ses 2500 habitants, le pueblo ne fait pas le poids. J'ai vu des pingouins et des loups de mer, marché dans le parc national de la Terre de feu et surveillé les couchers de soleil pour faire des photos de cartes postales. C'est beau ici: on a la face dans le canal Beagle et sur la fin de la Cordillère des Andes, les maisons sont lilas, jaune banane, vert lime...

Phare dans le canal Beagle.


Pingouins dans le canal Beagle.

Dans quelques jours c'est fini le froid. Je retourne dans le nord de l'Argentine pour visiter Jujuy, qui est en plein carnaval en ce moment - 4h d'avion au lieu de 50h d'autobus, Dieu merci! Et après c'est l'heure du dessert, je finis mon voyage en Colombie et en Équateur pour un dernier blitz de photos. Je vous reparle les sandales aux pieds.

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lundi, janvier 01, 2007

Trois semaines zen

"Qu'est ce que tu vas faire trois semaines ici? Y'a rien!" C'est ma première journée en Uruguay et c'est comme ça qu'un gars de la place m'encourage à visiter son beau pays. "C'est petit, et puis c'est vraiment tranquille..." Parfait. J'ai eu mon quota de pollution de l'autre côté du Rio de la Plata, c'est l'heure de remplir mes poumons d'air frais et mes oreilles de silence. J'ai tout de même abandonné l'idée d'une grande virée à vélo: il fait rarement moins de 30º Celcius en ce moment, ce serait un peu maso.

Montevideo. Tout est ordonné, propre, fonctionnel. Un genre d'Ottawa, mais à l'heure des latinos: ici comme en Argentine, on vit de midi à minuit. J'ai passé la majeure partie de mon temps dans la Ciudad Vieja - la "vieille ville". C'est ici que tout le monde flâne le week-end entre les tables d'un marché aux puces et les artisans hippie. Malgré la chaleur et l'humidité accablantes, on boit son maté, une infusion d'herbes amères qui se sirote matin, midi, soir. Les Uruguayens (et les Argentins) ont toujours leur tasse en main et - je vous le jure! - leur thermos d'eau chaude sous le bras, pour les refills. On m'a initiée au rituel et j'ai tout bu pour faire plaisir, mais je n'ai pas pu cacher mes grimaces: on est loin de la camomille.

La Ciudad Vieja, un dimanche matin trop chaud.

Colonia del Sacramento, plus à l'ouest. Fondée en 1680 par des Portuguais, cette charmante ville fait partie du patrimoine culturel de l'UNESCO. Me suis beaucoup amusée avec mon appareil photo. C'est un festival de couleurs et de textures.

Retour dans le temps à Colonia del Sacramento.

Punta del Diablo, Valizas et Cabo Polonio, à l'est, loin loin loin... Dans ces villages de pêcheurs, le temps s'est arrêté, et moi aussi. Lire au soleil, se faire fouetter par les vagues, compter les étoiles, faire des photos au lever du jour... et rentrer faire la sieste après... La grosse vie sale! Le stress est un concept inexistant dans ces petits paradis. Les pêcheurs qui sont partis en mer à l'aube coulent des après-midis tranquilles en sirotant un maté. Les surfers taquinent les vagues, les enfants jouent avec les crabes, les chiens dorment à l'ombre et le bruit des vagues vous emporte chaque nuit dans un sommeil plus que profond.

Coquillages chez Roger, le proprio sympa d'une auberge sympa.

Bateau de pêche à l'aube.


C'est à Valizas que j'ai passé Noël. Avec Hugues, un ami d'Hawkesbury qui cherchait le soleil après dix jours en Antarctique. Pas de sucre à la creme au réveillon, mais on avait quand même du bon poisson et du vin du pays. On pensait trouver une fiesta quelque part au village, mais tout était mort: ici on fête en famille autour d'un asado (l'équivalent de notre BBQ).

Joyeux Noël!

Retour à Buenos Aires pour le Jour de l'an. On a voulu fêter en même temps que vous, mais la plupart des bars ouvraient bien après le saut de l'année. Sauf à San Telmo, le quartier des touristes. C'était hilarant: les gringos cherchaient désespérément où aller boire... Le feu a finalement pris vers 2h quand trois ados percussionnistes sont venus animer la Plaza Dorrego. En deux minutes tout le monde était en transe autour d'eux, y compris moi, y compris des enfants de 5 ans, y compris un petit vieux de 75 ans en chemise blanche bien rentrée dans ses pantalons. Je regrettais d'avoir laissé mon appareil photo à l'hôtel.

Je pars demain pour la Patagonie, avec tente, tuque, mitaines. Je vais aller perdre mon bronzage avant de rentrer à la maison :-)

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lundi, décembre 04, 2006

La vie la nuit

Qu'est-ce qui s'est passé? Sais pas. J'ai posé le pied à Buenos Aires il y a un mois, et paf, black out. J'ai des souvenirs pêle-mêle d'errances avec mon appareil photo, de fiestas qui finissent au lever du jour, de vins exquis, de danseurs de tango en transe, d'un rave dans le gazon avec 50 000 personnes, de dulce de leche (caramel à base de lait) et de facturas (pâtisseries feuilletées) qui fondent dans la bouche, de manifs qui font damner les chauffeurs de taxi... Cette ville est un ouragan et j'en sors dépeignée! Et heureuse d'avoir autant vécu en aussi peu de temps.

Métro de Buenos Aires.

L'oiseau matinal en moi a relevé le défi de la vie nocturne. Je me suis battue un brin pour garder un rythme de sommeil "normal", mais pourquoi se lever à 8h quand les rues sont désertes jusqu'à midi. C'est la faute de la vie culturelle, qui bouillonne dangereusement. Ma palme d'or va à Estudio Abierto, un événement qui permet à des tonnes d'artistes multidisciplinaires de disposer d'un studio ouvert au public. J'y ai vu des installations complètement dingues: montages photographiques, espaces du quotidien recréés, sculptures en matériaux recyclés... On peut s'y perdre pendant des heures!

J'ai aussi aimé les danseurs de tango qui volent littéralement sur la scène du Café Tortoni, le rendez-vous du jet set en ville. Ces artistes sont des athlètes doublés d'une sensibilité extrême. Leurs sourcils se froncent et leurs bouches se tordent de mélancolie tandis que leurs jambes les transportent d'un bout à l'autre de la scène avec une grâce monumentale. Une mention speciale aux danseuses, qui se déplacent avec des talons de 10 cm avec une aisance qui me mystifie.

Souliers dans lesquels je serais très malheureuse!


Danseurs de tango à la Plaza Dorrego.

Buenos Aires, c'est aussi de l'architecture grandiose. Dans le quartier portuaire de la Boca (en français: "bouche", parce qu'on se trouve à l'embouchure du Rio de la Plata), les maisons colorées rappellent celles des îles de la Madeleine, des murs entiers sont couverts de fresques et des personnages grandeur nature nous regardent de leurs balcons. Au centre-ville, la Casa Rosada (d'où les Peron avaient l'habitude de s'adresser au peuple), l'immense Plaza de Mayo et le Theatro Colon respirent l'élégance et l'esprit des grandeurs. Le cimetière de la Recoleta aussi. C'est là que reposent les grandes figures du pays, et c'est presque une petite ville en soi.

Couleurs typiques du quartier La Boca.

Je garde aussi en tête les gens extraordinaires qui se sont trouvés sur ma route. De la France: Michaël, qui se tape un tour du monde à vélo en deux ans; Lili et Cédric, les tourtereaux eux aussi autour du monde; Fred, le prof d'histoire qui rêve d'une sabbatique illimitée. De l'Angleterre et encore de la France, mes trois colocs fantastiques: Maral, la future danseuse de tango; Thomas, le guitariste zen; Gaétan, le photographe incomparable. De l'Allemagne: André et Thil, deux étudiants qui manient l'espagnol et la bière avec la même aisance que les locaux. Et bien entendu, mon amie Julie, qui est assez folle pour partir de Granby et venir passer neuf jours ici avant de retourner au Québec les deux pieds dans la première neige.

Moi et Ju.

Demain je prends un bateau pour l'Uruguay, un pays plat que j'aimerais parcourir en vélo - si je trouve l'équipement nécessaire!

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jeudi, novembre 09, 2006

Le gros luxe

Je suis entrée à Buenos Aires comme un enfant dans un magasin de bonbons. Les yeux écarquillés, la mâchoire pendante, les glandes salivaires au garde-à-vous. Du vrai café. Des fromages fins. De la crème glacée artisanale. Du Malbec, du Cabernet, du Pinot noir, name it! Et même quelques comptoirs à sushis, pour quand on s'ennuie de la rue Saint-Laurent. Dans les salles de bain: du papier, du savon, deux robinets, un pour l'eau froide, un pour l'eau chaude. Suis-je en voyage ou à la maison?

L'Obelisco. Si tu te perds, c'est ta boussole!

Gâtée pourrie par autant de petites douceurs, je me suis incrustrée dans la capitale argentine. J'y suis depuis dix jours et j'y resterai probablement jusqu'à la mi-décembre. Je partage une maison avec sa propriétaire et trois autres voyageurs. Mes vêtements ne sont plus dans mon sac à dos, mais dans un tiroir, et il y a une terrasse sur le toit quand j'ai envie de lire au soleil.

Facturas. Obligatoires au petit-déjeuner.

Après cinq mois en solitaire je renoue avec le plaisir d'avoir une vie sociale. Dernièrement j'ai retrouvé une amie de Toronto et un copain de Vancouver, en plus de rencontrer quatre Français fantastiques avec qui j'ai bu du bon vin sans regarder l'heure. Mon rythme biologique est un peu confus avec la vie nocturne qui s'impose ici. Le repas du soir commence rarement avant 22h et les bars sont encore ouverts quand le soleil se lève. Ma première nuit blanche m'a foutue par terre pendant deux jours, mais je vais m'habituer. Le secret est dans la sieste de l'après-midi.

Les Porteños (les habitants de Buenos Aires) sont adorables et d'une politesse grandiose. Les bonne journée, bonne chance, avec plaisir et autres délicatesses verbales meublent toute conversation. Ils font aussi preuve de bon goût. Du lundi au vendredi, les complets veston-cravate et les tailleurs avec talons hauts envahissent les trottoirs, et les effluves de parfums, mes narines. Le week-end aussi, on sort sa belle garde-robe et on se coiffe avec soin. Je pourrais passer pour une fille de la place avec ma peau blanche - il y a beaucoup de descendants d'Europe dans le pays - mais je me trahis inévitablement avec mes jeans qui prennent de l'âge et mes sandales Merrel.

Les automobilistes sont moins adorables. Les piétons n'ont pas le droit à l'erreur et on cumule quotidiennement plusieurs minutes de jogging quand on traverse la rue. On s'encrasse aussi les poumons dans cette ville qui porte mal son nom: Buenos Aires se traduit littéralement par "bons airs", mais c'est probablement la seule chose désagréable ici, les rejets noirs des véhicules.

Les hommes sont relativement galants, mais particulièrement insistants. On se fait regarder de la tête aux pieds, et des pieds à la tête, et ça dure longtemps: avant de passer devant eux, pendant qu'on passe devant eux, et après aussi. Ça s'accompagne souvent d'un baiser bien bruyant et d'un commentaire comme: "Hmmm, sexy!". À Montréal ça finirait par une main étampée sur une joue. Ici, il faut faire comme si on n'entendait rien. J'ai osé répondre une fois mais ce n'était pas une bonne idée. C'est comme dire à son petit frère "Arrête de m'imiter" quand il répète tout ce qu'on dit. Provocation exposant dix!

Marchand de journaux au centre-ville.

L'Argentine est le paradis de la parrilla - la viande grillée. Au resto comme à la maison, il y a un énorme BBQ pour griller à peu près n'importe quoi: filet mignon, intestins de porc, saucisse de boudin... Parfois, toutes ces pièces sont réunies dans une même assiette qui se mange vers minuit, avant le dodo. Vrai: c'est pas mieux que la poutine montrélaise à 4h du matin après trop de bière dans un bar. À chacun ses bizarreries. À titre de végétarienne, je m'en porte pas trop mal, j'ai tous les fromages et les poissons dont j'ai envie ici. J'ai même trouvé du tofu hier, j'étais bouche-buée comme dirait mon ami Pascal.

Je vous retrouve dans un mois, quand l'appel du sac à dos se fera entendre à nouveau.

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jeudi, octobre 19, 2006

Don't throw rabbish

Cette semaine, en feuilletant un dépliant d'information sur la région de Tupiza, j'ai vu des tournures de phrases amusantes, comme "Don't throw rabbish". J'ai arrêté de rire quand je suis passée par le sentier qui devrait, selon cette consigne, être plus propre que propre. En 4h de marche j'ai vu des centaines de sacs de plastique accrochés aux cactus, plus une bonne soixantaine de bouteilles de bière, plus une bonne quarantaine de boîtes de conserve, plus quelques vieux souliers... Oubliez le recyclage et la récupération, ici on jette les trucs sur son chemin. De quoi donner la migraine à M. Bourque.

Heureusement il reste encore des endroits qu'on préserve.

Il y a quand même des gens consciencieux. Cette semaine, sur la place publique, je cherchais une poubelle pour ma pelure de pomme. "Donne, je vais la donner à mes cochons", me dit la mamita avec qui je partage un banc. Et elle glisse la pelure dans son sac. Ma pomme étant un délice total, je lui en offre un morceau. Elle s'appête aussi à le glisser dans son sac. "Non mamita, c'est pour vous, pas pour les cochons!" Elle m'a remercié... mais l'a quand même glissé dans son sac. Bon. Les petites bêtes ont faim j'imagine.

Peut-être parce que les petites bêtes ont froid. Ça joue dur ici quand on habite les montagnes. Je l'ai appris au début du mois lors d'un trek fantastique de sept jours dans la région de Sorata, au nord du lac Titicaca: 105 km, quatre cols alpins (dont mon premier 5000 mètres), six nuits frigorifiques... Mais aussi: des lamas photogéniques, quelques maisons de pierre, de terre et de paille et leurs habitants au visage ridé, un puissant silence absolument partout et - mon moment magique! - un départ en cachette à 3h30 du matin afin d'éviter des soi-disant bandits qui n'aiment pas voir les randonneurs franchir leur territoire. Nous avions la pleine lune pour nous guider à travers un décor hallucinant: des montagnes de sable gris, de grandes touffes de paille sèche, le tout à 4800 mètres. À cette altitude, je n'ai pas mal à la tête, mais mon équilibre est archi-absent. J'en ai dérapé un coup jusqu'aux premières lueurs du jour. Puis j'ai vu le soleil se lever sur une grande vallée colorée. L'extase, ou pas loin.

Communauté perchée à 5-6 h de marche de Sorata.

Lamas.

C'était comme être sur une autre planète, et je n'avais encore rien vu. Quelques jours plus tard je suis montée dans un Jeep pour quatre jours de routes cahoteuses à travers la région la plus étrange du pays. Au sud-ouest, entre Uyuni et Tupiza, le sous-sol est une bombe à retardement, et le sol, une bouillie de minéraux. On y trouve des volcans, des geysers, des lacs de toutes les couleurs, et surtout, le salaire d'Uyuni, la plus grande réserve de sel au monde avec ses 2000 km carrés.

Oseriez-vous y tremper l'orteil...

Salar de Uyuni.

Dans quelques jours, je passe en Argentine. D'ici là, je coule mes derniers jours en Bolivie à Tupiza, tout au sud. Il fait beau, il fait chaud - fini les mitaines! - et la ville a un petit côté film western fort agréable avec sa station de train, ses chiens errants, ses cactus et ses montagnes de roc rouge. Il manque vraiment juste les cowboys.

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samedi, septembre 09, 2006

Revolución!

Connaissez Evo Morales? C'est le nouveau président de la Bolivie, un autochtone de la gauche qui promet la fin des gouvernements corrompus. Il paraît que le peuple aura enfin droit de parole. C'est déjà commencé: une assemblée constituante a été formée afin de rédiger une nouvelle constitution, mais quand on discute à 255, c'est long... Comme si ce n'était pas assez, un membre de l'assemblée a fait une grave chute la semaine dernière - il est actuellement dans le coma - après s'être reculé pour prendre la parole dans une discussion houleuse. Les élus ont pris panique et la réunion a presque tourné à l'émeute.

Quand même. Ce nouveau gouvernement est une révolution. Les restes de pub électorale qui traînent un peu partout en témoignent: le profil du Che accompagne souvent les slogans. Au quotidien, le modèle fait des petits. À La Paz, par exemple, les places publiques servent de lieu de discussion. Il y a généralement un homme qui parle et cinquante autres qui l'écoutent, balançant la tête. On parle de démocratie, de lutte contre la corruption, de renouveau... Non admises ou non intéressées par ces joutes oratoires, les femmes restent indifférentes et continuent de cuisiner des empanadas ou de verser des verres de chicha pour les passants.

Mon entrée en Bolivie s'est faite en douceur. J'ai fait un arrêt à Copacabana, une toute petite ville extrêmement jolie où le vent du large nous sèche la peau des joues. Malgré la horde de touristes qui débarquent chaque jour, le lieu n'est pas un zoo et reste agréable à fréquenter. En face se trouve Isla del Sol, une île de 8 km de long qu'occupent à peine 300 habitants. On peut la traverser du nord au sud en 3h de marche si on cherche des vues panoramiques à couper le souffle - l'altitude coupe le souffle aussi, il faut prendre son temps!


Copacabana.

Le reste est une histoire de nerfs en boule. La Paz m'a donné un choc après autant de tranquilité. La ville ne porte pas son nom: c'est une fourmilière jour et nuit. Dans la rue se mêlent piétons pressés, piétons lambineux, vendeurs de snacks et de cossins, cireurs de chaussures, marchands ambulants et leurs brouettes, bus, micro-bus, motos, voitures... Le trottoir est souvent trop plein, alors on marche dans la rue, et alors les klaxons retentissent inévitablement. C'est tout un buz. Les marchés publics sont un La Paz en modèle réduit, sauf qu'au lieu des klaxons on entend les mamitas qui tentent d'attirer les clients. Pase, pase! Qué va a llevar? Jugooooo, quesooooo, pancito frescooooo!"



La Paz vue d'en haut.

J'ai bien aimé mon bain, mais après trois jours j'ai filé vers le sud pour décanter. Cochabamba est un peu plus ordonnée: on peut marcher sur le trottoir, mais comme piéton il faut savoir conduire avec adresse, car ici les gens n'ont pas le réflexe de se tasser. En une journée on fait beaucoup de colisions. J'ai beaucoup aimé la ville pour ses marchés: ils sont nombreux, colorés, et il y a tellement de tout... J'ai même vu une mamita traire son âne en plein milieu d'un rond-point. Elle vendait le lait en gobelets. Oui, elle avait des clients. Mais je n'en faisais pas partie, je préfère le jus de papaye.

Pour retrouver mon rythme cardiaque normal j'ai exploré les espaces verts autour de la ville. Il y a un joli lac bordé par une piste cyclable, une colline chapeautée d'un énorme Christ bras ouverts, sourire béat, et un joli pueblo nommé Sipe Sipe d'où on peut faire une belle randonnée jusqu'à des ruines au sommet d'une montagne. J'ai aussi trouvé une école de yoga. Ça tombe bien, il y a longtemps que je voulais m'y mettre.

Le sentier de Sipe Sipe.

Quatrième escale à Samaipata: ça fait maintenant une semaine que j'y suis et je n'arrive pas à décoler! Délicieux petit village. Il y a une énergie fantastique ici, on est entouré de collines verdoyantes qui font la jonction entre l'altiplano et la jungle. Les gens de la place sont fort sympathiques et mènent un petit train-train relax. Les moustiques: absents. Le ciel: toujours bleu. Les possibilités de randonnée: infinies. À mon auberge: un balcon avec hamac. Un prof de yoga avec ça? Évidemment. C'est comme si on m'attendait.

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jeudi, septembre 07, 2006

Vers la sortie

J'ai failli voir des fantômes. C'était pendant un trek de trois jours dans le Canyon de Colca, une craque géante dans la terre aride du sud du Pérou. Nous étions dans un autre espace temps: trois ou quatre pueblos silencieux, des enfants aux joues brûlées par le soleil, des morceaux de viande qui sèchent sur une corde à linge, des familles qui labourent la terre avec une charrue et des boeufs... Quand un soir cent millions d'étoiles sont sorties en même temps, je me suis laissée porter par la magie et suis allée les regarder du haut d'un grand rocher. C'était tout près du campement, mais trop loin au goût de notre guide, qui n'a pas aimé mon initiative. J'ai appris le lendemain qu'on était sur un ancien lieu de sacrifices, et que tous ceux qui ont déjà tenté d'habiter autour ont fui à cause de rencontres troublantes. Seuls les touristes campent là-bas, généralement parce qu'ils ne savent rien. En fait, ils dorment comme des bébés pendant que leurs guides font discrètement des prières. Amusant. Ou troublant. Comme vous voulez.

Dans le Canyon de Colca.

Après cette agréable escale dans climat tempéré, je me suis gelé les fesses au lac Titicaca. Je veux dire: gelé! Mais ça valait la peine. J'attendais cette étape avec impatience, il y a beaucoup de couleurs dans cet univers à 3800 mètres d'altitude: les femmes portent le costume traditionnel - qui change d'une région à l'autre, mais en résumé, on parle de trois ou quatre jupes d'une couleur bien pétante, un chemisier garni de broderies, un ceinturon (le chumpe) qui rappelle celui de Bonhomme Carnaval, et une tuque avec des rayures et des lamas couleur fluo. Les hommes, eux, portent habituellement la tuque, sans plus. Sauf sur l'île de Taquile, où ils portent aussi un chemisier habituellement blanc et un ceinturon. Et la tuque, alors pas n'importe comment: le pompon sur le côté s'ils sont mariés, et vers l'arrière s'ils cherchent encore. Est-ce que j'entendrais moins de sifflements et de "Hello my love" dans la rue si je portais moi aussi un pompon sur le côté? C'est une option que j'examine...

Le lac Titicaca, le plus haut réservoir d'eau douce au monde, est d'un bleu méditerrannéen. Mais oubliez le bikini: même entre 11h et 16h, alors que le soleil est cuisant, on porte une petite laine. Et la nuit les caleçons plus deux couvertures de laine d'alpaca sont la norme. Heureusement, ça ne rebute pas le tourisme, la vache à lait des insulaires. En voulez-vous de l'artisanat, en v'là. Sur toutes les îles où on s'arrête - en particulier les îles Uros, qui attirent la plus grande part des touristes parce qu'elles sont tout près de Puno - tout le monde tricote, même les hommes, et avec fierté à part ça! Des bonnets, des gants, des chandails, des écharpes, des nappes, des chaussettes, des ponchos... Des millions de lamas et d'alpacas sont passés au rasoir!

Îles Uros, des îles flottantes artificielles faites d'une sorte de paille.

Mon plus beau moment fut sans doute deux nuits sur l'île Amantani, l'une des moins visitées, et par conséquent l'une des plus tranquilles. Il n'y a pas d'heure là-bas, les 5000 habitants se lèvent et se couchent avec le soleil, et leur objectif quotidien est de survivre. Les femmes passent beaucoup de temps devant le feu de bois pour cuisiner: en altitude, l'eau ne bout pas rapidement, et elles ont plusieurs bouches à nourrir. La plupart des gens sont végétariens, car la terre aride rend l'élevage d'animaux difficile. Le pain, la pomme de terre et le quinoa sont au menu trois fois par jour. Et le thé de munia, une plante qui pousse sur l'île comme chez nous pousse le pissenlit. "Combien de fois par mois prenez-vous le bateau pour acheter des vivres à Puno?" j'ai demandé. "Quand on a de l'argent", m'a répondu mon hôte, Efefania. J'ai avalé ma soupe de travers. Elle m'a expliqué que la plupart des touristes visitent les îles les plus près du rivage, et qu'Amantani ne reçoit que les miettes du tourisme régional. J'ai promis d'envoyer des voyageurs en renfort. Si vous passez dans le coin, montez à bord de l'Agua Marina et demandez qu'on vous emmène chez Victoriano et Efefania Calsin Mamani. Des gens incroyables je vous dit.

Ma famille d'accueil.

Bergère sur l'île Amantani.

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mardi, août 15, 2006

La vie après le bénévolat

Déjà fini le bénévolat. Du jour au lendemain, plus d'enfants, plus de maison, plus de garde-manger pour ranger mon fidèle beurre de peanuts... L'heure est venue de redevenir touriste. Mon départ de Trujillo ne s'est pas fait sans un pincement au coeur. Ils ont beau m'avoir fait la vie dure en classe - j'ai sûrement perdu une partie de mes facultés auditives, ils ont de la voix! - mes élèves m'ont aussi procuré d'excellents moments. J'ai appris beacoup plus qu'eux pendant mon séjour, je repars avec plein de leçons de vie dans mes bagages. Tandis qu'eux, bon, malgré mes efforts, ils se souviendront de "Hello", "Thank you" et avec un peu de chance "What's your name?"... Ah! Et "papaya", parce que ça se prononce pareil en espagnol.

Dernière journée.

Comment peut-on ne pas les aimer...

Le grand projet de l'heure, c'est l'agrandissement des locaux afin de donner plus d'espace aux enfants et aux tuteurs qui les soutiennent. C'est beaucoup de boulot: il faut faire livrer du sable, le mélanger avec l'eau et ensuite mouler les briques qui sécheront au soleil. Il n'y a pas de Réno-Dépôt à El Porvenir, tout se construit à la main, y compris le matériel qui sert à construire. Le sable n'est pas un problème, car on se trouve dans un désert. Le soleil qui fera sécher les briques, pas de problème non plus, fait chaud là-bas! L'argent par contre, c'est une autre histoire. En somme, toutes les contributions sont les bienvenues. Cliquez ici pour en savoir plus... Et merci de passer le mot!

Après Trujillo, j'ai visité la côte Pacifique avec Kendall, Felipe et Chicho. On s'est retrouvés sur des plages dans des pueblos de pêcheurs ultra-tranquilles (Lobitos, Yacila et La Islilla). C'était bon de ne rien faire d'autre que lire et écouter les vagues. Et manger du poisson pêché il y a deux heures à peine... Oui, mes amis, que du poisson pendant une semaine! J'ai fait mes réserves d'oméga 3 pour un an. Mon plus beau souvenir reste La Islilla. Je vous jure, elle était déserte d'un bout à l'autre, il n'y avait que nous, la mer et les crabes. Et une petite maison de bois et de plâtre qu'on a louée en haut d'une falaise. Pas d'électricité, on a fait des soupers à la lanterne... Magique! Si un jour je veux écrire un livre, je saurai où me réfugier. Reste à savoir comment brancher un portable dans la cabane.

Matin émotif avant que tout le monde retourne chez soi... sauf moi!

Vue de notre petite maison perchée en haut de La Islilla.

Après le sable, une semaine à Chachapoyas, dans le centre-nord du pays. À cheval entre les montagnes et la jungle, c'est une jolie petite ville où, franchement, il ne se passe pas grand-chose, et c'est très bien comme ça! J'en ai profité pour faire un petit contrat de photo. J'ai aussi fait une rando de 20 km pour visiter les ruines de Kuélap, une forteresse construite autour de l'an 800 de notre ère. Superbe. Toute la journée, j'au eu la plus belle vue du monde sur le "patchwork" que forment les différentes cultures à flanc de montagne. J'ai croisé en chemin de sympathiques campesinos au sourire éclatant. Je serai toujours impressionnée par leur force intérieure: ces gens bossent du matin au soir, dans les champs ou au marché, la peau ridée à un âge où ce n'est pas permis, mais ils ont un sourire franc et les yeux brillants. Tant que les patates poussent, tout le monde est content. Leur force physique est tout aussi spectaculaire. La semaine dernière, une petite mama m'a demandé de l'aider à charger un sac sur son dos. Je me pensais bien fine avec mes bras de grimpeuse, mais c'est tout juste si j'ai pu le lever, ça pesait une tonne! Et ils font ça tous les jours...

Commerçante au marché public de Chachapoyas.

Depuis une semaine, je suis dans la région de Cusco, la capitale historique du Pérou. Les églises grandioses pululent ici, les rues en pierres aussi... Et le marché est immense, j'y trouve chaque matin tous les jus dont je peut rêver et des tamales tout chauds (une pâte de maïs dans laquelle on trouve soit de la viande, soit du fromage, je vous en cuisinerai à mon retour). Cusco, c'est aussi le point de départ pour visiter le Machu Picchu, la cité inca la plus connue - elle est d'ailleurs en lice pour devenir l'une des merveilles du monde. Conséquemment, ça grouille de touristes et de vendeurs de tours guidés qui harcèlent les passants. J'ai pu faire quelques photos, mais au prix de beaucoup de patience.

Cireur de chaussures à Cusco.

Chacun a sa façon de se rendre au Machu Picchu. J'ai opté pour une rando de cinq jours, pas la fameuse qui parcourt l'Inca Trail - il y a tellement de monde que tout est réservé jusqu'en septembre - mais une autre que j'ai trouvé fantastique. On est passés par une plaine, puis par une forêt, puis par les montagnes en faisant un détour à 4700 mètres près du mont Salkantay, puis par la jungle... La 2e journée fut certainement la plus longue, en matière de distance comme en matière d'obstacles. La pluie, en particulier, en a fait sacrer plus d'un. Et vu le parcours escarpé, nous avons pris suffisamment de retard pour arriver au campement à la lampe de poche... Ce soir-là, je me suis réfugiée dans ma tente deux minutes après le souper. J'ai peut-être ronflé.

Un col alpin direct en partant le matin. Ça réveille!

Notre arrivée au Machu Picchu au dernier matin fut un moment de grâce. Nous étions sur le sentier à 5h afin d'arriver parmi les premiers... J'ai eu la chance de faire des photos avant que ce soit noir de monde, j'étais aux anges. Au diable les ampoules et les genoux qui grincent. La vue, mes amis, la vue! La polémique est grande en ce qui concerne l'histoire de ce lieu, mais on s'entend pour dire qu'il ne s'agissait pas d'une ville, mais d'un lieu de culte réservé aux proches de Pachacútec, l'un des plus importants dirigeants de l'empire inca. Pour plus d'infos, cliquez ici.


Machu Picchu.

Prochaine destination: Arequipa, et puis ensuite lentement vers la Bolivie via le lac Titicaca. Dans deux semaines je serai illégale au Pérou, il est déjà temps de changer de pays.

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jeudi, juillet 06, 2006

Profite.

"Profite". C'est une citation célèbre de mon irremplaçable amie Geneviève. Elle me le rappelle souvent, je lui rappelle souvent aussi. Appelons ça un entraînement d'équipe. Ces dernières semaines, j'ai appliqué le traitement avec beaucoup d'intensité. Comme si mon amie - qui est pourtant en Afrique en train de répertorier des animaux dans la savane - était dans mon oreille en permanence pour me susurer le mot clé. Profite des sourires et des calins que les enfants te donnent spontanément; profite de l'avocat géant et juteux que tu achètes au marché; profite du bruit de la mer quand tu recharges ta batterie le dimanche; profite de la fraîcheur du matin quand tu fais ton jogging; profite d'être ici plutôt que dans la pluie du Québec (hi! hi! salut les amis du nord!)
Faits saillants du dernier mois:

1. Agallpampa: un pueblo d'une quarantaine de familles niché dans les Andes, a quelques heures au nord de Trujillo. Notre ami Felipe a un million de tantes et de cousins dans le coin et nous accueille dans la maison familiale, faite de terre et de pierres.

Là-bas, ça sent l'humide, ça ne fait pas d'autre bruit que le silence et ça baigne dans une tranquilité qui m'assome. Je ne pourrais probablement pas passer ma vie dans cette bulle, mais c'est le genre d'endroit magique où on voudrait avoir un chalet. Merci à la tante de notre ami qui nous a prêté plus d'une fois sa cuisine, et ses talents de cuisinière. Et merci au camion de patates qui nous a brassé le derrière pendant 5h sur la route du retour. Nous avions le nez dans le vent et toutes les étoiles du ciel pour nous.... Même la crevaison à mi-chemin n'a pas gâché la sauce!


Au menu à Agallpampa: tête (de quoi?), avoine et lait, oeufs, chèvre.

2. La crise cutanée: j'ai un de ces destins vous savez! Depuis plusieurs semaines j'ai le corps couvert de rougeurs qui démangent atrocement. Ça va mieux depuis que j'ai vu un médecin. Le comique, c'est le diagnostic: je suis allergique à un moustique en voie d'extinction, et c'est ce moustique qu'on ne rencontre presque plus qui m'a piquée. Même le doc l'a trouvée drôle!

3. La leçon de danse: meringue, salsa... Je n'ai jamais eu d'instinct pour les rythmes latinos et ça ne commencera pas aujourd'hui. Mon soir de grande première se passe dans un bar avec les copains. "Don't fight with me", me dit Felipe pendant que j'écrase ses orteils et que je lutte pour garder le rhytme. Mais c'est peine perdue, on ne peut pas tout avoir.

4. La photo ci-dessous, c'est mon oeuvre à moi. J'ai fait des images récemment pour Las Sumas Voces, un magazine d'ici dédié aux arts et à la spiritualité. Notre studio: les ruines de Chan Chan, qui datent de l'époque pré-inca. C'était très inspirant - et ce fut probablement divertissant pour les deux touristes médusés qui sont passés en vélo de montagne! Me croise les doigts pour trouver d'autres occasions du genre, j'ai adoré l'expérience.


5. Jennifer Lopez: La semaine dernière, ma collègue Kendall et moi avons enseigné une chanson de JLO aux enfants avec un ghetto blaster dans la classe. Fini le copiage de mots, on veut les voir apprendre en rigolant. Prochaine mission: Thriller, de Michael Jackson. On se la garde comme dessert pour notre dernière semaine d'enseignement.

6. Surf time. J'avais déjà essayé une fois dans les eaux glaciales de Cape Cod, mais sans grand résultat. Cette semaine, j'ai réussi à me lever sur la planche pour la première fois. C'était iiiiiiiiiiiii! Prise deux la semaine prochaine, je suis déjà addict.

Leçon de surf avec Kendall et Chlirissa.

Plus que deux semaines et je reprends la route. J'ai des fourmis dans les jambes...

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dimanche, juin 11, 2006

Détour à Cajamarca

Une semaine de congé en attendant l'arrivée d'une volontaire qui fera équipe avec moi pour enseigner. Je pourrais rester tranquilo à Trujillo et me perdre autour de la Plaza de Armas - c'est devenu un running gag, je cherche mon chemin chaque fois dans le dédale des rues disposées en cercle! Mais je me laisse tenter par Cajamarca, une ville dans les montagnes à 6h de bus au nord de ce que j'appelle maintenant "chez moi". En me documentant sur Internet, j'apprends qu'on peut faire de magnifiques randonnées et, ouuuiiiiii!, de l'escalade. Mais l'industrie du plein air est au point mort dans le coin et les guides, introuvables...

Heureusement, la ville recelle de trésors: je transforme mon séjour en séance intensive de photo. Les bâtiments qui datent de la colonisation espagnole sont incroyables! Les murs de pierre des cathédrales sont sculptés de bas en haut avec beaucoup d'esthétique, et avec la lumière qu'on projette sur eux le soir, la magie s'installe.


Cajamarca vue d'une colline.

Une cathédrale, le soir.

Dans le grand marché aussi, que de la magie. On peut marcher pendant des heures entre mandarines, avocats, patates, céréales, poissons, fromages, poulets... et cochons d'inde fraîchement pelés et prêts pour un bain de friture. C'est une spécialité nationale ici. Il y a des jours où ça ne dérange pas. Mais il y a des matins où on aimerait voir autre chose en déambulant pour trouver de quoi déjeuner.

Commerçante au marché public de Cajamarca.

En cette dernière semaine avant le 2e tour de l'élection présidentielle, les partis politiques recourent à toutes sortes de placements publicitaires. Des voitures munies de haut-parleurs parcourent la ville et crachent des discours à saveur patriotique; sur la place publique devant mon auberge, un message enregistré joue en boucle toute la journee, vantant les mérites du "changement responsable" proposé par Alan Garcia (qui a finalement remporté la course avec 55% des voix); les murs de la ville sont tapissés d'affiches où les sourires Colgate et les photomontages me font sourire. Il y a une naïveté amusante dans cette campagne électorale. Un peu comme au Québec dans les années 60. Sauf qu'au lieu de promettre des frigos aux électeurs, les candidats proposent toutes sortes de mesures aux campesinos, qui gagnent durement leur vie en cultivant la terre.

Affiche du parti Aprista Peruano, dirigé par Alan Garcia.

J'ai profité de mon séjour pour visiter quelques site historiques:

1. Cumbe Mayo, une vallée jonchée de rochers volcaniques où les indigènes de l'ère précolombienne ont construit un système d'aqueduc de 9 km pour irriguer les terres arables de Cajamarca. On y trouve beaucoup de dessins dans la pierre, mais les historiens s'obstinent depuis plus de 70 ans sur leur signification.

2. Otuzco, où des rochers ont été transformés en tombeaux pour les nobles de la culture Cajamarca (environ 1000 ans avant et 1000 ans après JC). Les momies reposent aujourd'hui dans quelques musées, et malheureusement, certains caveaux ont été profanés lorsque des gens ont construit leur maison à proximité des rochers. La protection du patrimoine ne bénéficiant pas de budgets très solides, ça donne ce que ça donne...

Tombeaux d'Otuzco. On y plaçait les corps en position foetale.

3. Banos del Inca: selon la légende, l'Inca Atahualpa se prélassait dans ces sources thermales quand les conquérants espagnols ont envahi son empire. Me suis payé la traite deux fois en l'absence d'eau chaude à mon auberge. C'est l'fun macérer jusqu'à avoir les orteils plissés...

Je suis de retour à Trujillo depuis une semaine. L'enseignement, j'aime bien. Mais trois mois me suffiront amplement. J'ai perdu patience pour la première fois la semaine dernière, avec une classe de 5e année incroyablement énergique. Je n'ai pas pu placer un mot pendant 45 minutes, les enfants étaient survoltés. J'en ai meme séparé deux qui voulaient se battre. Heureusement, ça se passe pas mal mieux dans la majorité de mes groupes. Je t'admire maman, tu as vraiment fait ça pendant 35 ans!

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lundi, mai 15, 2006

Trujillo - Vivre en ville 101

Pendant les deux prochains mois, je serai bénévole auprès de SKIP (Supporting Kids in Peru). Nous sommes installés à Trujillo, une ville de 1,2 million d'habitants dans le nord-ouest du pays, et nous oeuvrons dans le district le plus pauvre, El Porvenir (ce qui, ironiquement, se traduit par "L'avenir").

SKIP parraine 200 enfants que des travailleurs sociaux ont identifiés comme "à risque". Les familles de ces enfants reçoivent une aide financière à condition de participer à un suivi psychologique et pédagogique qui les aidera à se prendre en main. Le sens des responsabilités n'est pas une valeur très importante ici. Lorsqu'on ne sait pas quand viendra le prochain repas, on n'a ni l'énergie ni le temps de prendre le volant de sa vie.

Après-midi tranquilo à El Porvenir.

À l'heure de la sieste.

Pour ma part, je donne 3 à 4 cours d'anglais par jour dans le cadre d'un partenariat que nous avons développé avec une école. Les enfants sont parfois intéressés, parfois pas, mais en général, ils sont adorables. Le problème le plus grave à mon sens, c'est le système d'éducation qui inhibe tout sens de l'initiative. Ici, les enfants ne font que copier ce que l'enseignant écrit au tableau. On ne les encourage pas à développer leur jugement, encore moins leur envie d'apprendre. Je me demande souvent quel genre de citoyens ça fera.

Après deux semaines, je commence à m'adapter au rythme trépidant de la ville. J'ai les poumons gris et de la poussière dans tous mes vêtements, mais au moins j'ai une chouette maison, dans un quartier tranquille, à partager avec les autres volontaires. C'est bon d'y revenir le soir après une journée dans le chaos des klaxons et de l'air pesant.

Il y a des choses jolies dans mon nouvel environnement:

-les passereaux qui volent dans ma classe;
-les couchers de soleil vus du toit de notre maison, entre deux cordes à linge;

-sur tous les taxis, des messages religieux comme "Dios es my guia" (Dieu est mon guide), mais entre vous et moi, Dieu ne conduit pas très bien!

-mes deux oasis de la région: Huanchaco et ses grandes plages où les pêcheurs taquinent le poisson sur des bateaux de paille qui flottent comme des planches de surf; et le Mini-zoologico de Moche, où on trouve toutes sortes d'animaux blessés ou domestiqués qui ne peuvent être relâchés dans la nature faute d'avoir appris à survivre;

Filets de pêche à Huanchaco.

Singes au refuge pour animaux de Moche.

Et il y a des choses moins jolies aussi, comme:

-les machos qui s'énervent quand une femme marche seule sur le trottoir (on s'habitue, on ne les écoute même plus, mais ça fait dur pareil);

-les élections présidentielles: dans quelques semaines aura lieu le 2e tour de scrutin. La langue de bois règne dans les discours et aussi dans les noms des partis: L'Union pour le Pérou, L'Unité nationale, La Nouvelle Gauche, L'Alliance pour le futur, Le Front du centre... Actuellement, tous les murs de la ville sont couverts de slogans électoraux. Les deux favoris, Allan Garcia Perez et Ollanta Humala, ont des programmes et des antécédents questionnables. Pour la plupart des gens, il ne reste qu'à voter pour le meilleur des moins pires.

Slogans électoraux sur les murs d'El Porvenir.

-les intersections, Doux-Jésus! les intersections... En voiture, c'est premier arrivé, premier servi, à go on fonce dans le tas et on ne laisse personne passer.

-la criminalité : j'ai entendu toutes sortes d'histoires de pick-pocket, et puis voilà, ça m'est arrivé. Un après-midi, dans une rue bondée de monde, je tiens mon chandail sous le bras, et paf, le chandail part. Je poursuis le voleur en criant des choses que je ne dirai pas ici. Avec ses 5'4" et avec mes grand'pattes de gazelle, il avait le choix entre a) se faire rattrapper en 10 secondes ou b) lâcher le chandail pour s'enfuir plus vite. La bonne réponse était b), bravo ti-gars.

Mais il y a surtout beaucoup d'amour à donner et à recevoir avec les enfants. Cette semaine, la petite Vanesa m'a écrit une lettre d'amour: "Tu es belle comme la princesse du ciel." Les gars, je vous mets au défi de faire mieux avec vos blondes!

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mercredi, mai 03, 2006

Un Tylenol por favor!

Un épais manteau de brume a choisi de s'installer à Lima le jour de mon arrivée. À New York, on nous fait attendre 3h car les autorités péruviennes ont fermé l'aéroport... Mais que sont 3h quand on a sept mois devant soi! En fait ce n'est qu'une pratique: une fois dans la capitale, j'attendrai 12h dans une gare pour un bus qui prendra 8h à me conduire à Huaraz. Une balade pour tuer le temps? La dame à qui j'achète des vivres n'est pas de cet avis. "Ne marche pas ici ma belle, retourne à la gare." Je ne m'obstine pas.

Ma patience est tout de même récompensée. Huaraz, au nord de Lima, s'élève à 3000 mètres entre deux chaînes de montagnes: la Cordillera Blanca, aux sommets enneigés; et la Cordillera Negra, habitable par endroits et propre à certaines cultures.

Huaraz.

Matin, midi, soir, les rues grouillent de campesinos qui vendent de tout: fruits, morceaux de poulet, Coca-Cola et Inca Kola (si, si! une boisson gazeuse faite ici!), fromage, papier cul, tricots, pain, chips, le tout pêle-mêle, évidemment. Les gens sont très accueillants. La proprio de mon auberge, Eufrosina, s'occupe de moi comme si elle était ma grand-mère. Elle fait aussi des jus de fruits exquis!

La région de Huaraz regorge d'attraits pour les amateurs de plein air et je me suis payé la traite toute la semaine. Avis aux grimpeurs: l'escalade au Pérou, ça se passe ici! Il y a plusieurs parois à explorer, de même que de beaux blocs. Avec deux locaux, je me suis rendue à Huan Chac, un site à 15 minutes de la ville en taxi. Le granit est beau, et les problèmes, ouh la la! On m'a dit qu'une compétition aura lieu ici en juillet. Il paraît que ce sera du gros calibre. Je vous en reparlerai si je peux m'y rendre. De toute manière, je dois revenir, je suis loin d'avoir tout vu!

Un peu de bloc. À 3000 mètres, c'est du cardio!

J'ai aussi pris pars à un trek de 4 jours dans les montagnes du parc Huascaran, avec un autre Québécois et deux Australiennes. Notre guide nous a fait monter jusqu'à 4750 mètres! Pas facile de respirer là-haut. J'avais l'impression d'avoir un demi-poumon, et mon cerveau baignait pas mal plus dans un état second que dans son liquide! Mais pour le paysage, l'oxygène et les belles nuits au frais, ça valait le détour. Au premier jour, nous avons dû affronter une trentaine de travailleurs qui entretiennent les sentiers. Mal payés et révoltés, ils nous ont bloqué le chemin pendant 45 minutes. Ils exigeaient de l'argent, évidemment... Nous avions pourtant déjà payé notre accès au parc, un 20$ destiné, justement, à l'entretien des sentiers. On ne sait jamais trop où va l'argent ici. La bureaucratie fait piétiner le progrès... Notre guide a été d'une patience d'ange et a fini par négocier notre passage, mais je n'ai jamais su avec quel argument.

Photo ci-dessous: l'Alpamayo, ou la plus belle montagne au monde selon l'UNESCO. Personnellement, je trouve chaque montagne fantastique, mais bon, c'est vrai qu'elle a du chien. Même si nous étions à ses pieds, j'avais le sentiment que chaque pas ne m'en approchait jamais. Un terrain de jeu montrueusement grand!

Et bien sûr, il y a l'incomparable âne, qui a porté sur lui nos tentes, nos sacs de couchage et nos vivres. Celui-ci devait bien avoir trois poumons, je n'ai pas encore compris comment il pouvait monter plus vite que nous avec une charge deux fois plus pesante sur le dos. Merci amigo!

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vendredi, avril 21, 2006

La crise de la vingt-neuvaine

Il y a les crises de la trentaine, de la quarantaine, de la cinquantaine...

Comme j'aime faire les choses différemment, j'ai inventé la crise de la vingt-neuvaine, qui se définit par un intense besoin d'aller jouer dehors. "Timé" avec le soleil, mon organisme préfère nettement les 6 à 6 au grand air que les 9 à 5 au bureau...

De mai 2006 à mars 2007, je partagerai donc avec vous mes aventures que je souhaite décoiffantes et colorées. Je me transformerai parfois en bénévole, parfois en photographe, ou un coup mal prise, en laveuse de vaisselle, qui sait. Itinéraire prévu : Pérou, Bolivie, Uruguay, Argentine, Colombie, Équateur.

VAMOS!

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